Je suis la Princesse enfuie de sa tour sur son navire, errant sur les mers, dans la plus profonde solitude cardiaque et la plus ambivalente des paix.Je suis la Princesse sise sur son trône de nuages, la tête appuyée dans la main, si haute dans les airs que personne ne peut l'atteindre.
Je suis la Princesse enfermée dans sa cage de verre, ayant avalé la clef de la serrure pour se protéger.
Je suis la Princesse intouchable dans son cocon de cristal, sans métamorphose.
Je suis une Princesse de chair, mais aussi de porcelaine, de blessures infectées et de tourments; personne ne me touchera, ne me souillera, ne maltraitera mon coeur une autre fois. Je veux être pure, propre de saleté amoureuse. Un Prince ne m'aura que de force, en piratant mon bateau, en me faisant tomber des nuages, en brisant ma cage de verre et mon cocon de cristal, à ses risques et périls; je ne suis qu'une malédiction articulée, une poupée en morceaux, une souffrance ambulante. Que Dieu me protège.


En me promenant, quand je regarde toutes les beautés qui m'entourent, que je remarque quelque chose de particulier, de joli, d'insolite, je pense à toi, et comment je me désole que tu ne sois pas à mes côtés pour le voir aussi. Quand nous partageons quelque chose, sa beauté, sa saveur, son merveilleux se décuple. Mais ce qui est le plus magnifique, c'est que nos liens, de par leur nature, ne s'useront pas comme le font les liens d'amour au fil des baisers; nos liens sont purs de toute souillure charnelle. La seule chose qui pourrait menacer la corde qui relie nos coeurs, enfin, de mon côté, c'est mon insécurité chronique mélangée à la passion avec laquelle je ressens cette amitié: un cocktail explosif.
Je me dis qu'au fond, tout cela n'est qu'un petit jeu, un dernier sursaut d'innocence. Je décortique mes illusions comme on lit un livre, même si j'aimerais bien pouvoir y croire, et que j'y crois presque quand tu es là. Dès que je me retrouve seule avec mes démons, c'est le même goût de ruine qui apelle les nuages dans mes prunelles usées par les larmes. Pour couper court à cette véridicité, je consomme ma drogue de dentelle, je dors ma vie dans les volants et les champs de fleurs. Je me sens tellement vide, comme une insulte à Dieu en étant tout ce potentiel gâché, pourissant dans un coffre au fond des mers. Venez à moi, boucles et couleurs de contes de fées! Venez me consoler, quand les bras de mon père ne sont pas là pour le faire, quand ils ne me réchauffent pas dans ce froid océanique, j'ai besoin de vos épaisseurs providentielles. Puis j'ai le coeur presque mort, et je commence à m'y plaire. Je préfère tourner moi-même le couteau dans la plaie de mes souffrances imaginaires plutôt que de laisser un faux prince toucher ce coeur plus fragile que le miroir de l'eau que, de toute façon, il ne pourrait mériter. Qui mériterait un amour aussi phantasmagorique que ce que je peux ressentir? Personne, enfin...personne pour qui je ne sois pas déjà morte. Et je n'ai pas envie d'embrasser à nouveau, je n'ai pas envie de ressentir l'ivresse des étreintes passionnées encore une fois. Pourquoi laisser les mains d'un homme