Alors qu'à mon coeur désolé seule la mort semblait pouvoir apaiser mon mal de persister en ce monde, alors qu'à mon âme égarée dans les abîmes la lumière ne semblait éclairer que l'absence de raison de vivre, qu'à mon esprit martyrisé exister n'avait plus de sens, je n'ai trouvé le salut que d'une manière. L'absolutisme. Ayant peut-être un peu de Ludwig II en moi, ma vie ne fut plus désormais que symboles, magie et aspirations. De ce qui me blessât jusqu'à ce que je n'ai plus de sang à répandre, je fis mon némésis, d'en être le plus parfait contraire je fis mon point d'honneur. Du jour au lendemain, j'arrachai à coup de larmes ce qui me retenait encore faiblement, je me détachai du commun, en voyant là la seule cure qui me fut possible. Pour survivre, que dis-je, j'attachai l'opposé de l'ignorance et de la vulgarité, de la médiocrité, à ce dolent coeur indistinctement. Me battre contre ce qui me tuât un peu, c'était la seule excuse valable de respirer encore cet air qui me rendait malade. De la pureté, de l'élégance, de la raison, de l'absolu, de l'élévation, je répétai les hymnes et les grava profondément dans mon coeur, comme un sort magique destiné à le faire battre encore un peu. Si le commun m'avait cruellement persécuté, ce ne pouvait être de ma faute, moi qui les aimaient, qui de toute ma jeunesse confuse, leur donnai mon coeur innocemment! Ce ne pouvait qu'être le commun qui eu tort, et d'être aussi basse qu'eux je me devais de ne jamais devenir. Je les pris comme modèles parfaits de ce qu'il me fallait opposer pour avoir la force de survivre, la force de nager dans des eaux polluées par la souillure infâme qu'eux et leurs semblables étaient. Je ne pouvais qu'accepter mon existence au travers d'un voile de miel, de pureté, de différence. Je ne pouvais être en sureté, qu'à des millions d'années-lumières de cette crasse humaine! Même s'il me fallait presque les frôler de ma peau tenue loin du soleil depuis...Alors je rencontrai un être qui, comme moi, ne pouvait se résoudre à de telles bassesses. Ainsi comprise et soutenue, la philosophie essentielle à ma survie que j'adoptai ne s'ancra que plus profondément dans cette âme véritable que la mienne. De jour en jour, et à mon grand plaisir, je me sentis moins humaine. Car ma perception de l'humanité n'est que celle qu'elle se donne en notre ère pathétique, celle d'animale. J'étais ainsi satisfaite, que les regards de ces sots de pervers et d'ignorants me trouvent ridicule ou pas assez "femme" (faites-moi rire), j'étais à une infinie distance d'y accorder de l'importance! Je me disais, s'ils ne m'apprécient pas, c'est qu'ils sont inférieurs, de leurs vils instincts ils ne savent pas apprécier la vraie beauté, seule celle, pâle et sans valeur, de longues jambes fines et de poitrines généreuses pouvait être assez simple pour les intéresser. Qu'avais-je à faire de tels animaux, lorsque la seule personne dont l'esprit fut assez de qualité pour tenir en bride son "ça" embrassait ma main de ses lèvres chastes et mon corps nu de ses yeux suréminents? Une personne comme celle-là valait bien toutes les milliers d'insectes répugnants que je croisais à chaque jour sans jamais leur accorder l'honneur d'un de mes regards de mer, enveloppée dans mon drapeau de vérité, de lumière, de vraie beauté; et puis de toute façon, s'ils me regardaient, n'était-ce pas seulement qu'après avoir parcouru la foule de leurs yeux sauvages pour trouver quelque viande qui put plaire à leurs hormones dégoûtantes, conscients de ceci ou pas? Ils pourrissaient sans raison dans leur boue, je flottais de nuage en nuage, heureuse d'avoir ce qui était pour moi tout simplement un ange pour m'aimer, pour...m'apprécier, que dis-je! Oui, pour apprécier cette peau si blanche qui aurait pu en désintéresser plus d'un, apprécier cette poitrine délicate digne d'une très jeune vestale, apprécier ces mains fines, apprécier ces traits différents! Oui, ciel, un être qui avait la supériorité de dédaigner ces attraits insignifiants! Pouvais-je croire cette appréciation venant d'un tel être? S'il devait avoir en piètre estime ces appas vide d'importance autre que pour les animaux qui ne pouvaient être intéressé physiquement qu'à la sexualité plutôt qu'à la sensualité, je le pouvais bien. Il était pur, il ne pouvait me comparer, j'étais la seule, comment ne pas se sentir en confiance? Hélas, notre destin devait s'achever un jour ou l'autre, de mon rêve de dentelles, de romantisme et d'absolu je fus expulsée. Cela n'était pas la vie, je n'avais pas la royauté de Ludwig II pour vivre mon rêve, de descendre de mes nuages merveilleux je fus obligée.
Encore légèrement souffrante de ma chute, ma porcelaine craquelée, je rencontrai un être curieux, un être qui me tendit la main lui aussi, un être franc dont l'authenticité m'attira infailliblement, dont la sécurité qu'il semblait dégager je me trouvai à désirer plus que toute autre chose. En prenant cette main qui s'offrait à moi, j'étais consciente que nos différences étaient considérables, que moi, créature de rêve et de ciel, que lui, créature de réalité et de terre, ce serait un mariage paradoxal, l'union des opposés. De cet être que j'aurais pu dédaigner et définitivement ignorer des lunes plutôt, mon coeur vit la valeur incommensurable, mon âme semblait être apaisée. Je me blottis contre sa poitrine et espérait innocemment un bonheur sans taches. Il sentait bon la vérité, mais sa bouche était presque libertine, ses yeux déjà usés et son esprit éclaboussé par ce qui me faisait peur plus que tout au monde...Son amour était franc, véritable, certainement plus puissant que celui qui m'avait tendu la main plus tôt! Je lui pardonnai ses différences qui étaient celles-là même que mes armes de pureté et d'élégance avaient combattues maintes et maintes fois par le passé qui était encore tout proche. Mon coeur à la fois en sécurité et constamment en train de me tenailler l'aime, que puis-je y faire? Que mon esprit confus soit choqué par ce presque passage au camp ennemi, je dois passer au-dessus. Mon âme, mon corps même entrainés au rejet de la drogue, de l'alcool, du libertinage, de la vulgarité, doit maintenant se sevrer de ce sérum auquel il est dépendant, c'est-à-dire le combat contre ceux-ci! Je n'ai survécu que par le combat, j'ai empêcher ma souffrance de me donner le coup de grâce par l'offensive, en faisant de ma moralité le support de mon existence! Foncer aveuglément dans la foule et balancer l'épée flamboyante de la vertu, c'était si indispensable et naturel que cela fait partie de moi autant que respirer! Oui, la vertu, cher lecteur, la vertu...la vertu, la vertu, et encore la vertu, quoi de plus noble, de plus juste, de plus saint, de plus beau! Et pourtant, ce qui pendant si longtemps m'apparu comme le plus légitime, ce qui me sauva du suicide, ce qui me supporta pendant les moments difficiles, je dois maintenant apprendre à ne plus le défendre, je dois ammollir mon esprit! Ce que je dois faire est un travail herculéen, c'est me demander de tuer une partie de moi-même, un peu comme assassiner son propre parent. Pour la vertu, je me transformai en Jeanne d'Arc, maintenant pour la vertu, je pourrais brûler mon coeur au bûcher. Mon bien-aimé me répète qu'il est ridicule de s'enflammer comme je le fais, mais s'il lisait ceci, comprendrait-il?

Ce qui de mon coeur romantique est empli d'amour et d'admiration ne semble toujours être que ridicule à ses yeux, c'est le prix à payer pour nos différences dans l'amour.



Qu'est-ce que ce tourbillon aveugle, cet amour malicieux, qui joue si bien son jeu? Je veux bien sourire et avoir confiance, mais Dieu sait que je suis une lampe de mercure, malgré les roses rouges qui de leurs tiges épineuses enlacent l'argent. Je suis un fruit carmin gâté malgré son goût sucré, quel autre mot puis-je employer sinon amertumes, pour décrire ces enfantines pensées bien illusoires qui me piquent l'esprit de temps à autres? Lui et moi, eau et feu, feu et eau, nos sentiments sont-ils aussi fort que nos différences? Je préfère bien croire que nous nous complétons. Qu'il touche mes doigts du bout des siens, qu'il m'enserre dans la glace et puis me jette au feu de son penchant, je n'ai aucune idée de ce qui se passe, ais-je jamais été aussi consciente de mon inconscience? J'ose espérer qu'il sait plus que moi ce qu'il fait, mais ma foi, j'en doute. La simplicité de la situation me rend confuse, j'aimerais bien me contenter d'être heureuse et de sourire à mon infantilisme, mais je suis le paradoxe, le sucré toxique, le poison délicieux! Oh ciel, rien n'est visible, je vogue et les vagues m'emportent où je ne sais, voudrais-je vraiment le savoir, mon Dieu? Gardez loin de moi toute idée de ce qui m'attend, je l'aime et ne veux me préoccuper de rien d'autre que de cette bénédiction, je ne veux qu'aimer toujours plus et faire tout ce que je peux, de ma sincérité et de ma tendresse bien juvénile, pour lui assurer le confort de ses pensées et de son âme qui me sont plus toujours plus chers à chaque soupir embrassé.